Albiréo, désignée β Cygni, est une étoile double qui marque la tête du Cygne, à l’extrémité de la Croix du Nord opposée à Deneb. Son intérêt tient à un contraste de couleurs rare en observation visuelle : une composante nettement jaune orangé et une autre franchement bleue, séparées par 34 secondes d’arc. C’est l’un des très rares objets du ciel profond où la couleur est réellement perceptible à l’œil.
Ce que vous verrez
Contrairement aux nébuleuses et aux galaxies, qui restent inévitablement grises parce que leur faible luminosité empêche la vision colorée de fonctionner, Albiréo dépasse largement ce seuil. Ses deux composantes sont assez brillantes pour solliciter les cônes de la rétine, et la couleur apparaît donc vraiment, sans qu’il faille l’imaginer. Le contraste entre le jaune de l’une et le bleu de l’autre se manifeste dès 40 × et dans à peu près n’importe quel instrument, jumelles tenues fermement comprises.
Autre singularité : Albiréo se moque presque de la pollution lumineuse. Le fond de ciel n’a guère d’effet sur deux étoiles brillantes, ce qui en fait une cible urbaine idéale, et un excellent objet à montrer à quelqu’un qui découvre l’astronomie. Sa séparation de 34″ est confortable et ne demande aucune performance optique particulière.
Repères
| Désignation | β Cygni |
| Type d’objet | Étoile double |
| Magnitude apparente | 3,1 |
| Taille apparente | séparation 34″ |
| Ascension droite (J2000) | 19 h 30 min 43 s |
| Déclinaison (J2000) | 27° 57′ 35″ |
| Hauteur maximale depuis 47° N | 71,0° |
| Grossissement conseillé | 40 à 90 × |
La magnitude apparente de 3,1 est celle de l’ensemble : Albiréo se voit à l’œil nu comme une seule étoile, et seul un instrument révèle qu’elle est double.
Quand l’observer
| Mois | Hauteur | Azimut | Direction |
|---|---|---|---|
| Juin | 22,3° | 72,3° | est-nord-est |
| Juillet | 42,2° | 92,4° | est |
| Août | 62,0° | 123,2° | est-sud-est |
| Septembre | 70,8° | 191,0° | sud |
| Octobre | 57,6° | 246,1° | ouest-sud-ouest |
| Novembre | 27,1° | 283,0° | ouest-nord-ouest |
Septembre offre les conditions les plus favorables, avec Albiréo à 70,8° de hauteur plein sud à 22 h : la nuit est alors bien installée à cette heure, ce qui n’est pas le cas en juin ou en juillet. En juin comme en novembre, l’étoile descend sous les 30°, et l’image traverse alors davantage d’atmosphère, ce qui la trouble, la fait scintiller plus fort et en altère les couleurs.
Ces valeurs valent pour 22 h le 15 du mois. Le ciel avance d’environ quatre minutes par jour, soit deux heures par mois : ce qui est indiqué à 22 h le 15 janvier se retrouve vers 20 h le 15 février. Sur Albiréo, cela signifie qu’en juillet une observation vers minuit reproduit déjà les conditions du mois d’août.
Comment le trouver
Le repérage est immédiat. Identifiez la Croix du Nord, la grande figure en forme de croix que dessine le Cygne : Deneb en occupe le sommet, deux étoiles forment les bras étendus de part et d’autre, et une étoile plus modeste marque le pied de la croix, à l’opposé de Deneb. C’est cette étoile du pied qui est Albiréo. Aucun cheminement complexe n’est nécessaire, il suffit de suivre l’axe long de la croix depuis Deneb jusqu’à son autre extrémité, puis de pointer l’instrument.
Quel grossissement employer
Comptez 40 à 90 ×. Pupille de sortie de 2 à 4 mm. Le grossissement s’obtient en divisant la distance focale de l’instrument par celle de l’oculaire : un tube de 900 mm équipé d’un oculaire de 15 mm donne 60 ×. La pupille de sortie s’obtient en divisant le diamètre de l’instrument par le grossissement, et sur une étoile double brillante elle importe moins que la stabilité de l’image.
Le grossissement maximal exploitable dépasse rarement deux fois le diamètre en millimètres, et la turbulence atmosphérique le limite le plus souvent bien avant ce plafond. Sur Albiréo, il ne sert à rien de pousser : la séparation est large, et un grossissement modéré rend même les couleurs plus franches, car les étoiles restent lumineuses. Pour un objet d’automne d’une tout autre nature, voyez la fiche de M57, la nébuleuse de la Lyre, toute proche dans le ciel, ainsi que le catalogue des objets célestes.
Avec un instrument de 80 mm
Les observations décrites sur ce site sont faites avec un instrument de 80 mm de diamètre et 900 mm de distance focale. Sur un tel instrument, le grossissement maximal exploitable tourne autour de 160 ×, et la turbulence atmosphérique le ramène le plus souvent entre 90 et 120 × sur une nuit ordinaire. Monter plus haut ne montre rien de plus : l’image grossit, mais elle s’assombrit et se brouille.
| Oculaire | Grossissement | Pupille de sortie |
|---|---|---|
| 25 mm | 36 × | 2,2 mm |
| 20 mm | 45 × | 1,8 mm |
| 15 mm | 60 × | 1,3 mm |
| 12,5 mm | 72 × | 1,1 mm |
| 10 mm | 90 × | 0,9 mm |
Pour cet objet, l’oculaire de 15 mm constitue le meilleur compromis sur cet instrument : il donne 60 ×, pour une pupille de sortie de 1,3 mm. Commencez toujours par le plus faible grossissement pour trouver l’objet, puis montez.
Questions fréquentes
Pourquoi voit-on les couleurs d’Albiréo alors que les nébuleuses restent grises ?
Parce que la perception des couleurs dépend du niveau d’éclairement. Les cônes de la rétine, seuls capables de distinguer les teintes, ne fonctionnent qu’au-dessus d’un certain seuil. Une nébuleuse étale sa lumière sur une large surface et reste très en dessous ; une étoile brillante concentre la sienne en un point et le dépasse largement. C’est pourquoi les étoiles doubles sont les seuls objets réellement colorés en observation visuelle.
Faut-il un gros télescope pour séparer Albiréo ?
Non, absolument pas. Avec une séparation de 34 secondes d’arc, cette double est l’une des plus faciles du ciel. Une petite lunette de 60 mm la sépare sans effort, et même une paire de jumelles stabilisée sur un support y parvient. C’est ce qui en fait un objet idéal pour une première soirée d’observation ou une démonstration en public.
Les deux étoiles d’Albiréo tournent-elles réellement l’une autour de l’autre ?
La question a été discutée : certaines doubles sont physiquement liées, d’autres ne sont que des alignements de perspective entre astres situés à des distances différentes. Le cas d’Albiréo a fait l’objet de réexamens à partir de mesures astrométriques récentes. [À FOURNIR : statut actuel du lien physique entre les composantes d’Albiréo, avec la source]
Le Cygne domine déjà les soirées de la belle saison : voyez la page du ciel d’été et la page astronomie d’observation.