M22, l’amas globulaire du Sagittaire : où et quand l’observer

M22, l’amas globulaire du Sagittaire, très bas depuis la France : apparence réelle, hauteur mois par mois, repérage près de la Théière et grossissement.

Saison d’observation :

M22 est un amas globulaire du Sagittaire, souvent cité parmi les plus beaux du ciel : vaste, brillant, et facile à résoudre en étoiles pour peu qu’il soit correctement placé. Le problème, depuis la France, est justement là. Il ne dépasse jamais 19,1° de hauteur à 47° de latitude nord, et reste donc collé à l’horizon sud, dans la couche d’atmosphère la plus perturbée.

Ce que vous verrez

Depuis un site français, l’honnêteté commande de tempérer les attentes. M22 se montre comme une boule floue assez large et lumineuse, dont la périphérie se granule et commence à se résoudre en étoiles dans un instrument moyen. Mais la basse altitude dégrade tout : les points stellaires vibrent, se dédoublent par moments, et l’image prend une teinte chaude parce que l’atmosphère diffuse davantage le bleu que le rouge sur un long trajet.

Comme pour tout amas globulaire, aucune couleur n’est perceptible : les étoiles y sont individuellement trop faibles pour solliciter la vision colorée, et l’œil bascule sur ses bâtonnets rétiniens, qui ne rendent que des niveaux de gris. La vision décalée est particulièrement utile ici, puisqu’elle permet de gagner quelques étoiles périphériques dans des conditions par ailleurs défavorables.

Repères

DésignationM22
Type d’objetAmas globulaire
Magnitude apparente5,1
Taille apparente32′
Ascension droite (J2000)18 h 36 min 24 s
Déclinaison (J2000)-23° 54′ 12″
Hauteur maximale depuis 47° N19,1°
Grossissement conseillé80 à 150 ×

Sa magnitude apparente de 5,1 pour 32′ d’étendue en ferait, sous un ciel favorable, l’un des objets les plus spectaculaires du catalogue Messier.

Quand l’observer

MoisHauteurAzimutDirection
Août18,1°167,5°sud-sud-est
Septembre17,4°196,8°sud-sud-ouest
Valeurs calculées le 15 de chaque mois à 22 h, heure légale française, pour le centre de la France métropolitaine (47,0° N et 2,5° E). L’azimut se compte depuis le nord, dans le sens des aiguilles d’une montre : 0° au nord, 90° à l’est, 180° au sud, 270° à l’ouest. Les mois où l’objet reste sous 15° de hauteur ne sont pas listés.

Le tableau est très court, et c’est le renseignement le plus utile de cette fiche : depuis le centre de la France, M22 ne dépasse 15° de hauteur qu’en août et en septembre à 22 h, et il ne franchit jamais le seuil de 20°. Août donne le meilleur résultat, à 18,1° vers le sud-sud-est. À cette altitude, la lumière parcourt une épaisseur d’air plusieurs fois supérieure à celle d’un objet au zénith : l’image est plus trouble, moins contrastée et nettement rougie. Un horizon sud parfaitement dégagé, sans agglomération ni relief, est une condition pratique indispensable.

Ces valeurs correspondent à 22 h le 15 du mois. Le ciel se décale d’environ quatre minutes par jour, soit deux heures par mois : un objet placé à 22 h le 15 janvier occupe la même position vers 20 h le 15 février. Sur M22, jouer avec l’heure ne change pas la donne, car sa hauteur maximale reste bornée par sa déclinaison très australe.

Comment le trouver

Cherchez d’abord la figure de la Théière, l’astérisme qui structure le Sagittaire : un corps trapézoïdal, un bec pointé vers l’ouest, une anse à l’est et un couvercle triangulaire au sommet. M22 se trouve à faible distance de l’étoile qui marque la pointe de ce couvercle, légèrement décalé vers le nord-est. Aux jumelles, l’amas se signale comme une tache ronde et floue au milieu d’un champ déjà très riche en étoiles.

Quel grossissement employer

Comptez 80 à 150 ×. Pupille de sortie de 1 à 2 mm, en montant progressivement selon la turbulence. Le grossissement est le quotient de la distance focale de l’instrument par celle de l’oculaire : 900 mm avec un oculaire de 9 mm donnent 100 ×. La pupille de sortie est le quotient du diamètre de l’instrument par le grossissement, et elle détermine à la fois la luminosité de l’image et la noirceur du fond de ciel.

Le grossissement maximal exploitable dépasse rarement deux fois le diamètre en millimètres, et sur un objet aussi bas la turbulence atmosphérique impose une limite beaucoup plus sévère. Pour un globulaire haut dans le ciel et bien plus gratifiant sous nos latitudes, voyez la fiche de M13, le grand amas d’Hercule, ainsi que le catalogue des objets célestes.

Avec un instrument de 80 mm

Les observations décrites sur ce site sont faites avec un instrument de 80 mm de diamètre et 900 mm de distance focale. Sur un tel instrument, le grossissement maximal exploitable tourne autour de 160 ×, et la turbulence atmosphérique le ramène le plus souvent entre 90 et 120 × sur une nuit ordinaire. Monter plus haut ne montre rien de plus : l’image grossit, mais elle s’assombrit et se brouille.

OculaireGrossissementPupille de sortie
12,5 mm72 ×1,1 mm
10 mm90 ×0,9 mm
9 mm100 ×0,8 mm
7,5 mm120 ×0,7 mm
6 mm150 ×0,5 mm
Valeurs pour un instrument de 80 mm de diamètre et 900 mm de distance focale. Le grossissement vaut la focale de l’instrument divisée par celle de l’oculaire ; la pupille de sortie vaut le diamètre divisé par le grossissement.

Pour cet objet, l’oculaire de 7,5 mm constitue le meilleur compromis sur cet instrument : il donne 120 ×, pour une pupille de sortie de 0,7 mm. Commencez toujours par le plus faible grossissement pour trouver l’objet, puis montez.

Questions fréquentes

Pourquoi M22 est-il si difficile à observer depuis la France ?

Parce que sa déclinaison très australe le maintient bas sur l’horizon sud. Depuis 47° de latitude nord, il ne monte jamais au-delà de 19,1°. À cette hauteur, la lumière traverse une épaisseur d’atmosphère considérable, ce qui trouble l’image, réduit le contraste et la rougit. Depuis des latitudes plus méridionales, le même objet devient l’un des plus beaux du ciel.

Quel site choisir pour tenter cette observation ?

Il faut un horizon sud entièrement dégagé, sans arbres, sans relief et surtout sans agglomération dans cette direction, car les halos lumineux s’accumulent près du sol. Le bord d’un plateau, une plaine ouverte ou un littoral orienté au sud conviennent bien. Plus le site est méridional, meilleures sont les conditions, la hauteur de l’objet augmentant avec la baisse de latitude.

Vaut-il mieux observer M22 ou M13 en été ?

Depuis la France, M13 offre presque toujours un meilleur spectacle, car il passe très haut dans le ciel, jusqu’à 79,5° de hauteur maximale. M22 est intrinsèquement remarquable, mais sa faible élévation annule cet avantage. Le mieux reste de tenter M22 lors d’une nuit particulièrement transparente en août, en sachant que le résultat dépendra fortement des conditions locales.

Le Sagittaire concentre plusieurs objets bas mais remarquables : la page du ciel d’été et la page astronomie d’observation aident à choisir la bonne nuit.